Lafcadio Hearn, alias Koizumi Yakumo

Lafcadio Hearn (1850-1904) est un célèbre écrivain qui vécut et travailla à Matsue à partir de 1890, peu de temps après l’ouverture du Japon. Né d’un père irlandais et d’une mère grecque, ce fut l’un des premiers Occidentaux à adopter la nationalité japonaise et présenter le pays au reste du monde. Ses différents livres ont joué un rôle considérable pour faire connaître la culture et l’âme nippone. Lafcadio Hearn est plus connu au Japon sous le nom de Koizumi Yakumo (小泉八雲).

Matsue fut sa première terre d’accueil japonaise. Il y enseigna l’anglais pendant un peu plus d’un an et y rencontra son épouse, fille de samouraï. Son ancienne résidence, ainsi qu’un musée mémorial, se trouvent dans la rue Shiomi Nawate, non loin du château de Matsue.

Lafcadio Hearn's Former Residence - Matsue, Japan

Bref aperçu de la vie de Lafcadio Hearn

S’il fallait définir Lafcadio Hearn et sa vie en quelques mots, « explorateur », « force de caractère » et « ouverture d’esprit » seraient certainement appropriés. Né en Grèce puis élevé en Irlande (Dublin), il partit pour les Etats-Unis à l’âge de 19 ans pour devenir journaliste, d’abord à Cincinnati puis à la Nouvelle Orléans. Il devint ensuite correspondant aux Antilles (Martinique), où il découvrit la culture créole, tout en traduisant en anglais de nombreuses oeuvres étrangères et publiant lui-même. Grand admirateur de Pierre Loti, Hearn est le traducteur en anglais de Maupassant, Théophile Gautier, Flaubert, Mérimée, Hugo, Zola, de Nerval et Anatole France. A l’âge de 39 ans, en 1890, il part au Japon sur l’invitation de son ami ambassadeur et débarque à Yokohama depuis Vancouver, en bâteau à vapeur. Tombant amoureux de l’archipel, il y resta jusqu’à la fin de ses jours.

C’est à Matsue, où il arrive 30 août 1890, qu’il obtint son premier poste en tant que professeur d’anglais dans un collège, grâce à son ami Basil Chamberlain, de l’Université Impériale de Tokyo, avec qui il développa une véritable amitié intellectuelle et spirituelle au cours de ses années japonaises. C’est ensuite par l’intermédiaire d’un de ses collègues, le vice-principal et anglophone Sentarô NISHIDA (西田千太郎), qu’il rencontra sa future épouse, Setsu KOIZUMI (小泉せつ), fille de samouraï, et qu’il put s’établir dans une ancienne résidence de samouraï.

Ancienne Résidence de Lafcadio Hearn à Matsue, Shimane, Japon

L’ancienne résidence de Lafcadio Hearn

Située au bout de la rue Shiomi Nawate, tout près du château de Matsue, la résidence qu’occupait Lafcadio Hearn et sa femme a gardé le même aspect que lorsque Hearn y habitait. Aujourd’hui classée Site historique national, cette résidence est l’une des destinations phares de Matsue. A ses côtés se trouve un musée commémoratif.

Hearn y vécut avec son épouse pendant six mois. La maison est entourée sur trois côtés par des jardins conservés à l’identique. Ses jardins sont d’ailleurs le thème d’un des chapitres de Glimpses of Unfamilliar Japan (A Japanese Garden), livre qu’il publia en 1894 et qui compile ses premières expériences du Japon. Ce livre est partiellement traduit en français sous le titre Le Japon inconnu. Il peut se télécharger gratuitement en anglais sur le site du projet Gutenberg.

Lafcadio Hearn's Former Residence Garden

Recouvert de pierres et de mousse, ce jardin regorge de choses à voir et resplendit quelle que soit la saison. Particulièrement affectionné par Hearn, l’arbre de gauche est un lagerstroemia (anglais: crepe myrtle ; japonais: sarusuberi 百日紅). Au fond du jardin se trouve une statue Shachihoko (voir notre article sur le château de Matsue).

Cette résidence japonaise traditionnelle est, par définition, très simple dans son style. Et elle vaut justement la peine d’être visitée pour cette raison précise, ne serait-ce que pour réaliser à quoi pouvait ressembler la vie dans le Japon de la fin du 19e siècle.

Lafcadio Hearn's Former Residence InsideOn y trouve certains objets relatifs à Hearn, dont un bureau qu’il se fit faire construite sur mesure (photo suivante). Ayant perdu son oeil gauche lors d’un accident à l’âge de 6 ans, et sa vue diminuant avec l’âge, Hearn se fit faire construire ce bureau  haut de 160cm pour faciliter ses lectures. C’est aussi la raison pour laquelle Hearn apparait toujours de profil sur ses photos.

Le musée commémoratif Lafcadio Hearn

Le musée consacré à Hearn, établit en 1933 juste à côté de son ancienne résidence, abrite près de 200 objets et documents qui lui sont liés. On y trouve notamment des objets personnels (vêtements, valises, pipes), des manuscrits, des cages pour insectes, une collection de ses livres (dont des éditions japonaises rares en couverture crêpées, dit chirimen) ainsi qu’une vidéo, intitulée Lafcadio Hearn’s foot print in Matsue, montrant l’incroyable tour du monde que réalisa cet homme. Le musée tient également de nombreuses expositions temporaires.

Lafcadio Hearn Memorial Museum - 110th anniversary of Hearn’s death

Affiche de l’exposition temporaire “Hearn and Family” commémorant les 110 ans de la disparition de Lafcadio Hearn et se tenant dans son musée mémorial du 28 avril 2014 au 29 mars 2015. Plus d’informations sur le site officiel.

Lafcadio et sa femme Setsu eurent par la suite 4 enfants, dont le premier naquit en 1893. L’arrière petit-fils de Lafcadio, Bon, vit toujours à Matsue et s’occupe de son l’héritage culturel.

Bien qu’il ne vécut qu’un an et trois mois à Matsue (qu’il quitta pour Matsumoto le 15 novembre 1891 car il faisait trop froid pour lui!), la présence de Hearn s’y fait toujours ressentir. C’est aussi grâce à lui que Matsue possède des liens étroits avec l’Irlande (la ville célèbre la Saint Patrick tous les ans avec une grande parade) et que la ville est jumelée avec la Nouvelle Orléans.

Voir notre article détaillé:
L’emprunte de Lafcadio Hearn à Matsue

Lafcadio Hearn, Statue in Matsue City, Japan

Amateur de contes fantastiques

Hearn est particulièrement connu pour ses histoires de fantômes. C’est à travers sa femme que Hearn découvrit la plupart des histoires qui allaient être compilées dans son oeuvre, Kwaidan: Stories and Studies of Strange Things (怪談), publié en 1903 aux Etats-Unis. Ce livre fut porté au cinéma et obtint le Prix spécial du jury au festival de Cannes 1965.

Editions japonaises et anglaises de Kwaidan, aperçu dans un magasin souvenir situé dans la rue Shiomi Nawate.

Ses contes les plus connus sont certainement Yuki Onna 「雪女」 (La femme des neiges ) et Mimi-nashi Hôichi 「耳なし芳一」(Hoïchi sans oreilles). Une statue de ce dernier se trouve le long des rives du lac Shinji, près du quartier de Shinjiko Onsen.

Mimi-ashi Hoichi, Earless Hoichi, Kwaidan, Hearn, Matsue

Crédit photo: Made in Matsue. Voir son article en anglais.

En réalité, Matsue regorge de contes et légendes qui ont été reprit par Lafcadio Hearn.

Voir notre article:
Les contes fantastiques de Matsue et Lafcadio Hearn

Un amoureux du Japon et de Matsue

Dans son livre, Things Japanese, le grand professeur Basil Chamberlain décrit l’oeuvre de Lafcadio Hearn en ces termes : « Lafcadio Hearn understands contemporary Japan better, and makes us understand it better, than any other writer, because he loves it better ».

Il est indéniable de dire que Hearn est tombé amoureux du Japon et notamment de Matsue, sa terre d’accueil, où il y retourna à plusieurs reprises après son départ. Il l’appela aussi « la capitale de la province des dieux » (« The Chief City of the Province of the Gods« ). C’est aussi lui qui fut le premier à analyser et faire l’éloge des couchers de soleil sur le lac Shinji, considérés comme les plus beaux du Japon. Et c’est encore lui qui fut le premier occidental à pénétrer Izumo Taisha, le second plus important sanctuaire du Japon, qu’il visita en compagnie de son collègue Nishida deux semaines après son arrivée à Matsue.

Le nom japonais de Lafcadio Hearn, Koizumi Yakumo, qu’il adopta en 1896 lorsque prit la nationalité japonaise, est aussi une référence à Matsue et sa région. Ayant prit le nom de famille de sa femme, Koïzumi (小泉), il décida de choisir comme prénom Yakumo (八雲). L’expression Yakumo signifie effectivement « multitude de nuages » et fait écho à la région d’Izumo (出雲) – littéralement « d’où sort des nuages ». Yakumo est aussi le nom du train qui fait la liaison entre Matsue et Okayama aujourd’hui . De plus, les caractères 八雲 peuvent se prononcer « YAUN », ce qui n’est pas sans rappeler la prononciation japonaise de « Hearn ». Les habitants de Matsue, eux, continuent à l’appeler amicalement « Herun-san ».

Lafcadio Hearn et son oeuvre n’auraient certainement pas été la même s’il n’avait pas rencontré Setsu, qui prit soin de lui lorsqu’il tomba malade avant de se marier et qui fit beaucoup d’effort pour lui parler de son pays et de ses histoires dans un anglais hésitant.

Pour l’anecdote, au début des années 1870, alors qu’elle n’était qu’une petite fille, Setsu rencontra un Français du nom de Frédérique Valette venu à Matsue en tant qu’instructeur militaire pour la marine. Ce dernier était accompagné d’un autre Français, Belisaire Alexandre (voir à ce propos l’article Mission militaire française au Japon sur Wikipédia). Il est dit que Setsu fut la seule parmi ses camarades à oser s’approcher du militaire et qu’elle reçu de lui un petit cadeau (une loupe), qu’elle conserva précieusement toute sa vie. Une autre anecdote concerne Valette et les fèves qu’il apporta avec lui au Japon : celles-ci sont toujours localement appelées par le nom japonais de Valette,« waletto » à Matsue et dans sa région !

– Info utiles –

  • L’ancienne résidence de Lafcadio Hearn et son mémorial – Horaires et accès

Ouverts toute l’année.
Avril – Septembre: 8h30 – 18h30 (dernière entrée à 18h10)
Octobre – Mars: 8h30 – 17h00 (dernière entrée à 16h40)

Seulement 150¥ chaque pour les visiteurs étrangers. Les billets sont différents.
(Voir toutes les réductions pour les touristes étrangers à Matsue)

Situés tout près au nord du château de Matsue dans la rue Shiomi Nawate.

  • Petite sélection de liens internet

>Sites officiels de l’ancienne résidence de Lafcadio Hearn et du mémorial Lafcadio Hearn.

>Vidéo de l’émission Japan in Motion, saison 8 épisode 20 (sur No Life), tournée en 2013 et présentant Matsue et Lafcadio Hearn.

>Des articles des journaux anglais  Japan Times et nytimes.

>Un reportage de la NHK, en japonais.

>Une émission intitulée « Kwaidan, la naissance de Koizumi Yakumo », en japonais.

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