Le Musée Abe Eishiro – Papier japonais traditionnel « washi »

Ce charmant petit musée perdu dans la montagne est dédié à l’oeuvre de Abe Eishirô (1902-1984), qui recut le titre de « Trésor National Vivant » en 1968 pour son rôle crucial dans la conservation et le développement de l’art de la fabrication de papier japonais, dit washi (和紙). En plus des objets exposés dans les deux salles d’expositions, on y trouve un atelier où vous pourrez vous essayer à la fabrication traditionnelle du washi. À 150 mètres de là, le vieil atelier, visitable également, est toujours tenu par les deux petits-fils d’Abe

Le musée et la boutique. C’est dans un petit atelier au fond à droite que vous pourrez créer votre propre washi.

En pleine campagne!

  • La vie d’Eishiro ABE et son oeuvre

Eishiro ABE ( 安部栄四郎) est né le 14 janvier 1902 dans le village de Yakumo, qui fait aujourd’hui parti de la municipalité de          Matsue, dans le département de Shimane. Sa famille travaillant dans le domaine du papier, il y fut initié très jeune et décida de se consacrer aux techniques de sa fabrication. A 21 ans, il entra au laboratoire industriel départemental de Shimane. Là, il s’essaya à diverses méthodes de fabrication de papier et perfectionna ses techniques. Il devint par la suite expert technique auprès de l’ensemble des artisans de Shimane.

En 1931, Soetsu YANAGI, le chef de file du mouvement Mingei (民芸 lit. « mouvement de l’art populaire ») – qui réaffirmait la valeur de l’artisanat traditionnel japonais –, fut grandement impressionné par le travail d’Abe lors de sa visite dans la région. Il fit notamment l’éloge de son papier ganpi, le considérant comme « le véritable papier japonais », propulsant ainsi la carrière d’Abe.

Encouragé par ses collègues du mouvement Mingei – qu’ils soient teinturiers, tisseurs, céramistes ou graveurs –, il s’essaya avec succès à intégrer dans ses créations des éléments empruntés de ces différents arts. Il créa ainsi des washi teints (wazomegami), des washi dont le motif est dessiné par les fibres naturelles sous l’action de l’eau (sukimoyoshi) ou encore des washi mettant en valeurs les particularités des fibres végétales du kôzo, du mitsubata ou du ganpi (Kizukigami). Son oeuvre, regroupé plus tard sous le terme générique Izumo mingeishi, ou « papier traditionnel d’Izumo », allait devenir connue dans tout le pays.

Une des variété de papier produit sur place dans le vieil atelier.

A partir de 1960, et pour une période de trois ans, Abe effectua des recherches aux côtés du professeur Bunshô JUGAKU pour tenter de recréer – avec succès – les papiers japonais conservés depuis mille ans dans les collections du temple Shôsô-in de Nara, considérés comme les tout premiers washi.

En 1968, fortement estimé pour ses créations en ganpi, Abe et son art furent désignés Bien culturel immatériel important par le Ministère de la culture. Abe prit ainsi le titre de Trésor national vivant. Trois autres techniques de fabrication de papier washi furent désignés Biens culturels immatériels importants : Sekishû-banshi (dpt. de Shimane), Honminôshi (Gifu) et Hosokawashi (Saitama).

Tout les motifs sont réalisés en papier coupé et collé.

En 1934, à Tokyo, Abe fut l’un des tout premiers artisans de washi à se retrouver à la tête d’une exposition qui n’avait qu’une seule personne pour objet. Depuis, et jusqu’à sa disparition, le 18 décembre 1984, il organisa des expositions annuelles à travers tout le pays. Il fit également tenir une exposition à Paris à l’automne 1974, puis fut présent à l’étranger jusqu’en 1980 à New York, Los Angeles, San Francisco et Pékin.

Tout au long de sa vie, Abe multiplia ses efforts pour faire en sorte que la beauté du papier japonais washi soit reconnue en tant que telle, réaffirmant sans cesse qu’il n’était pas qu’un simple support pour servir un autre objet.

En 1983, Abe fonda dans son village de Yakumo le mémorial dédié à son travail, dans lequel il rassembla non seulement ses oeuvres, mais également de nombreux et précieux documents et objets relatifs au washi. A côté du mémorial se trouve un atelier où tout un chacun peut s’essayer à la fabrication de washi.  Le Mémorial Abe Eishiro (安部榮四郎記念館 Abe Eishiro Kinenkan) est aujourd’hui dirigé par son petit-fils.

Grandes feuilles de plus de 80cm de long, idéales pour des idées de bricolage, création. Certaines variétés sont particulièrement belles traverséés par la lumière (fenêtres japonaises, abats-jour, etc.)

Grande variété de papier aussi en petit format.

Papier à lettre, papier pour origami, cahier, bloc-note, cartes de visite, cartes postales, enveloppes, etc.

  • Les ateliers de fabrication de papier washi

Il vous est possible de vous essayer vous même à la fabrication de papier washi dans les ateliers du musée. Compter environ 45mn, temps de séchage compris, pour une feuille de papier A4. Tarif de 500¥ (réservation nécessaire, voir détails en fin d’article).

  • Un groupe en train de participer à l’atelier de création de papier washi.

    Fabrication traditionnelle

Voici les étapes de la fabrication manuelle du papier japonais washi, toujours pratiquée entièrement à la main dans l’atelier, situé à 150 mètres environs du musée :

1 Coupage du bois – Le bois est chauffé à la vapeur puis pelé en longueur à l’aide d’un couteau. Seule l’écorce blanche est conservée.

2 Cuisson du bois – Les pelures de bois sont ensuite cuites dans une solution de cendre de bois riche en soude.

3 Elimination des impuretés – Le bois cuit est passé à l’eau pour enlever les impuretés.

4 Battage – Le bois est battue de manière à donner des fibres séparés en fines lanières.

5 Passage en cuve – L’artisan mélange dans de l’eau les fibres et une substance végétale appelée neri pour créer une fine couche de matière à l’aide d’un tamis.

6 Pressage – Les feuilles, humides, sont pressées afin de retirer l’eau.

7 Séchage – Les feuilles sont séparées les unes des autres et mises à sécher au soleil sur des panneaux de bois ou des plaques métalliques.

P1020768

  • Les matériaux pour la fabrication du papier japonais washi

GANPI 雁皮
Arbuste à feuillage caduc de la famille des Thyméléacées, l’écorce du ganpi possède des fibres d’environ 3 millimètres. Elles sont translucides, brillantes et collantes, ce qui donne un papier robuste et semblable à la soie. Ce papier a l’avantage de ne pas déteindre et est naturellement résistant aux insectes

KÔZO – 楮
Avec ses 10 millimètres, les fibres de kôzo (broussonétie à papier) ont la particularité d’être très longues. Elles sont très résistantes et difficiles à courber. Elles résistent également très bien à l’humidité et au passage du temps. Aujourd’hui, la plupart des papiers japonais sont réalisés en fibres de kôzo.

MITSUMATA – 三椏
Le mitsumata (Edgeworthia chrysantha) possède des fibres d’une longueur de 4 millimètres. Ces fibres sont sensiblement moins résistantes que le ganpi ou le kôzo, mais sont plus flexibles et brillantes. Le papier matsumata est doux et lisse avec une surface luisante.

Accès

  • Le Musée Abe Eishirô est situé dans les montagnes dans le sud de Matsue, dans la localité de Yakumo. Depuis la gare JR de Matsue, prenez le bus comme indiqué sur le guide des bus en français.

Si vous venez en bus, voici ce que vous verrez en descendant. Le musée est à une minute à pieds. Après avoir vu le musée, n’hésitez pas à aller voir l’atelier, où les deux petit-fils de Abe Eishirô produisent toujours du papier selon la méthode ancienne (En semaine seulement. L’atelier est ouvert mais pas en fonctionnement certains jours)

Près de l’arrêt de bus, ces panneaux indiquent la direction.

 

Horaires et tarifs

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s